Genèse

Horse 3R est né de mon expérience avec les chevaux et de la rencontre de tous types de propriétaires/cavaliers. Je crois qu’il est nécessaire de raconter mon parcours équestre et mon amour de l’animal pour mieux comprendre en quoi ce concept me tient particulièrement à cœur.

Depuis l’âge de 5 ans, je côtoie des poneys et des chevaux. Seule de la famille à pratiquer l’équitation, mes parents ont eu la bonne idée de m’inscrire au poney. Et je suis tombée sous le charme de cet animal majestueux et magique. Tout d’abord, j’ai cherché à « bien monter » sans trop savoir ce que cela voulait dire…

J’ai monté dans des centres équestres toute ma jeunesse et j’ai pu déjà me faire une idée de l’animal et de l’approche équestre. J’ai côtoyé, adolescente, M. François Lucas, ancien juge aux JO et Président du CREIF, chez lequel j’ai pu tester une approche plus mature de l’équitation.

J’étais pleine de rêves, d’envies et de désir d’apprendre. Dominique d’Esmé, Cavalière française internationale multi-médaillée en dressage, qui était en représentation au salon du cheval de Paris, fut la première cavalière qui me fit rêver dans le monde du dressage pendant mon adolescence… je voulais faire comme elle !

Jeune adulte, j’ai pratiqué l’équitation à la SHN de Saint Germain en Laye sous la responsabilité d’un Maréchal des Logis chef très autoritaire et très fidèle à la monte de la garde républicaine. Il est important à mon sens que je développe ici mes ressentis. Durant plusieurs années, j’y ai appris la rigueur (militaire ?), une excellente assiette tellement les chevaux étaient « vifs », l’esprit de compétition, la volonté d’y arriver et l’envie d’apprendre pour bien faire. Néanmoins, au fond de moi, quelque chose ne résonnait pas correctement. Incapable de l’expliquer à l’époque, je comprends seulement depuis quelques années ce qui me dérangeait : mon intuition me disait « non, tu n’es pas dans la bonne direction… non, on ne traite pas les chevaux comme cela… non ce n’est pas ça dont j’ai envie ». Alors quoi ? Qu’est ce qui n’allait pas ?

Ce qui n’allait pas, et que j’ai compris seulement il y a quelques années, est tout d’abord de l’ordre du respect de l’animal. Ces pauvres chevaux, relégués pour les civils car pas assez « bons », « coopératifs » ou trop âgés pour effectuer leur travail à la garde, étaient tout simplement « pas cheval » : installés dans des stalles (les boxes étaient réservés pour les chevaux de militaires), ils ne sortaient que pour les reprises. Ils ne voyaient jamais un brin d’herbe et quand il nous arrivait de partir en ballade en forêt, les chevaux s’exprimaient tellement fort qu’il fallait tenir à cheval pour éviter de rentrer à pied !

Concernant l’équitation, nous étions clairement dans une équitation de soumission. Le cheval n’avait pas le droit de « dire ». Il devait « faire sans broncher ».

Aujourd’hui, je me rends compte que j’ai pu contribuer à cela et je le regrette. Mon manque d’expérience et ma jeunesse sont peut être des circonstances atténuantes…

J’ai ensuite entamé des études supérieures mais hors de question d’abandonner totalement le cheval ! je suis devenue demi-pensionnaire sur un superbe Selle Français qui s’appelait Primo, orienté dressage. Je devais le monter 2 fois par semaine en forêt et au travail… Sans trop de consignes, j’ai fait ce que j’ai pu en dressage et je me régalais en forêt. Alors que le cheval avait 13 ans, sa propriétaire a décidé qu’il était trop vieux et elle a acheté un cheval de 4 ans. Je n’ai pas suivi la propriétaire mais j’ai suivi Primo… qui a été tout simplement donné à un centre équestre… Comment cela est concevable après 8 ans de bons et loyaux services, de partage ? Pour ma part, cela faisait 2 ans que je m’en occupais et je ne pouvais malheureusement pas le racheter, étant étudiante. J’ai convenu d’une monte hebdomadaire avec le responsable du centre équestre jusqu’à ce qu’il estime que Primo n’était plus opérationnel pour faire des reprises. Et puis un jour, le responsable du centre équestre m’a demandé si je voulais le cheval … pour rien… « il n’était plus apte »… boucherie ou retraite ?

Primo est devenu mon premier cheval. A l’âge de 22 ans, j’étais propriétaire d’un cheval !… mais Primo, cardiaque à 16 ans, n’était plus montable. Quelle importance ! Le principal est qu’il ait une belle retraite, ce qu’il a eu je crois. Il est resté avec moi pendant 10 ans. Il est mort à l’âge de 26 ans.

Oban, Trotteur de 4 ans sorti de courses et sauvé de l’abattoir, est entré dans ma vie à l’âge de mes 30 ans. Déclaré ataxique à l’âge de 5 ans et donc en retraite depuis plus de 10 ans, j’ai ensuite accueilli Loyal, cheval majestueux, ressemblant à Primo physiquement. Destiné à l’obstacle, Loyal a été abimé, frappé par l’Homme et m’exprimait clairement son écœurement des barres d’obstacles. Cela tombait merveilleusement bien car moi-même, ayant subi humiliation et désenchantement à la SHN lors d’un concours d’obstacle interne, j’avais décidé que je m’orienterai vers le dressage, dont les figures me faisaient rêver.

Loyal et moi avons vécu 7 années intenses… j’avais acheté un cheval triste, « pas cheval ». Petit à petit, je lui ai redonné goût à sa condition. Comment ? En lui prodiguant un pré journalier avec de l’herbe, en partageant ce pré avec un autre cheval, en instaurant des moments de jeux, de pauses, de compagnie sans rien lui demander. Et côté équitation ? Aie aie aie… il a fallu tout reprendre. J’ai entendu : « Loyal n’est pas un cheval pour une fille, il est trop fort ». Sans doute… à force de lui apprendre à tracter avec rênes allemandes et autres éperons, bride et j’en passe… Puis j’ai rencontré une monitrice qui m’a montré le chemin vers l’équitation de tradition française, de légèreté, qui ne contraint pas mais invite le cheval. Elle m’a permis de mettre des mots sur tout ce ressenti négatif que j’avais depuis tant d’années… A y est !! j’ai enfin trouvé l’équitation dans le respect de l’animal !! Pendant plus d’un an, j’ai travaillé avec elle, 2 fois par semaine, pour revoir toutes les bases. J’ai énormément lu, je me suis renseignée, j’ai recherché sur internet pour comprendre, comparer, observer des cavaliers des heures et des heures et j’ai tellement appris !

Pendant près d’un an, je n’ai pas pu prendre le galop avec Loyal tellement il était en déséquilibre, non aidé par la piètre cavalière qui apprenait une autre manière de faire ! Mais la persévérance a payé… de rencontre en rencontre, j’ai pu valider mon niveau Galop 8 dressage au Cadre noir de Saumur où j’ai pu rencontrer Olivier Puls, écuyer et responsable formation à l’IFCE, avec lequel j’ai commencé une collaboration pendant plusieurs années. J’ai également pris des cours régulièrement et fait des stages avec Bernard Sachsé, cavalier paraplégique médaillé aux JO et conseiller technique dans des films tel que « Danse avec lui ». J’ai également travaillé avec Déborah Sokic, experte fédérale longues rênes, rencontré un éthologue Jean-Marie Clair, réputé et classé parmi les 10 meilleurs en France, travaillé également avec M. Patrick Franchet d’Espérey, écuyer du Cadre Noir spécialiste de l’approche Bauchériste et historien. J’ai aussi intégré durant 1 an l’association Allège Idéal qui défend l’équitation de tradition française. J’ai pu croiser des grands noms de l’équitation avec lesquels j’ai échangé quelques idées : Bernard Maurel, Yves Katz, Catherine Henriquet etc.

Autant de rencontres, de conférences, d’observation et d’expériences qui ne me font plus aucunement douter de l’équitation de tradition française, que je mets en avant et défends aujourd’hui.

J’ai commencé à coacher en dressage pendant cette période là. Une voisine de box, me voyant me débrouiller avec mon cheval, m’a sollicité pour lui donner des conseils avec sa jument car elle ne s’en sortait plus. Une extraordinaire aventure a commencé à travers le coaching dressage. En réponse aux personnes curieuses d’aller vers d’autres sentiers que ceux enseignés dans les centres équestres notamment, cela fait plus de 7 ans que j’accompagne des couples cavaliers-chevaux.

Loyal est ensuite tombé malade alors que nous entamions le travail de la pirouette au galop, tout en légèreté. Un coup dur pour lui et pour moi. Il est à la retraite depuis.

Loyal m’a appris ce que nous ne pouvons pas apprendre dans les livres : l’ECOUTE réciproque, son hypersensibilité, sa manière de communiquer, son attachement, sa gratitude, sa gentillesse, sa loyauté… Est il nécessaire de vous préciser l’anecdote où, alors que j’étais en cours, son ancien propriétaire est venu sans prévenir le voir, et que jamais Loyal n’a voulu s’approcher de l’entrée de la carrière où il se tenait ? Tellement évident à comprendre ce qu’il voulait me dire non ? Sans commentaires. Grâce à lui, je touchais du doigt l’apprentissage des liens énergétiques…

Par la suite, désireuse de poursuivre dans cette équitation, et ambitieuse, j’ai recherché un jeune cheval de 4 ans orienté dressage avec des papiers incroyables… un rêve pour moi ce cheval ! Des étoiles plein les yeux avec des envies de compétition et de performance ! Le rêve s’est vite transformé en retour sur terre. L’expérience fut courte. A peine débourré, je suis montée dessus et Offen a levé les fesses tellement haut que j’ai fait un soleil. J’ai perdu connaissance et j’ai été à l’hôpital avec traumatisme crânien entre autres.

Il fallait me soigner… mais il fallait aussi « soigner » le cheval. Face à cette chute, il est resté comme choqué et ne comprenant pas ce que je faisais parterre. Pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que je revienne le voir régulièrement, Offen était éteint et ne s’exprimait plus. Incroyable et troublant… savait-il ce qu’il s’était passé ? Se sentait-il responsable ? Jamais je ne lui en voulu de quoi que ce soit… c’est plutôt à moi que j’en ai voulu car je pense n’avoir pas assez écouté le cheval !

Afin de repartir sur de bonnes bases, je l’ai amené chez l’un des éthologues réputés de ma région, pour qu’il jauge le cheval et revoit le débourrage afin qu’il puisse être monté en toute sécurité.

Il est resté 3 semaines chez lui… la conclusion ? Ce cheval n’a aucun problème. Il est prêt, n’est pas vicieux. Il a juste recréé une sensibilité à la selle après 4 mois de « non-monte » (j’ai malheureusement suivi à la lettre la préconisation de l’éthologue qui accompagnait l’ancienne propriétaire m’indiquant de ne pas le remonter avant 4 ou 5 mois de pré…).

De nouveau debout et soignée, mon corps s’exprimait tellement fort au contact d’Offen : impossible de remonter. Je demandais donc à l’éthologue s’il pouvait m’accompagner pour remonter à cheval en toute sécurité pendant les premières séances. Sa réponse fut ferme et définitive : Non, lui ne s’occupe que des chevaux, pas des humains. Je me retrouvais donc livrée à moi-même, face à tout mon corps criant de ne pas remonter. Comment faire ?

Et au fait… quel lien reste-t-il avec ce cheval ? Pourrons-nous à nouveau nous retrouver ? Créer une relation dans la confiance ? Est-ce que le lien est cassé ? Enfin, je commençais à m’interroger sur le lien… monter ne suffit pas… le lien a son importance tout d’un coup. Même si intuitivement, je percevais que je crée du lien avec tous mes animaux, qu’est ce qui fait qu’un cavalier et un cheval forment un couple ?

J’ai essayé pendant plus de 6 mois de « retrouver » Offen tout en essayant de me libérer de mes peurs. Mais elles étaient bel et bien là. Toute cette expérience fut si douloureuse qu’il m’a fallut plusieurs mois pour remonter à cheval correctement, sans assistance, sur une jument prêtée qui fut si gentille et docile. Je n’ai jamais pu remonter sur Offen, ce qui m’a rendu profondément triste. Notre histoire devait s’arrêter pour le bien de tous les 2 car nous n’arrivions plus à communiquer.

Magnifique et gentil cheval, Je l’ai confié à une bonne famille qui était tombée sous son charme dès le premier regard. Là où il est, il est heureux je le sais.

Cette étape de ma vie a été l’élément déclencheur de beaucoup de prises de conscience et le point de départ de Horse 3R finalement. Si j’avais eu connaissance à ce moment là de tout ce qui compose Horse 3R, notre histoire aurait été différente.

Cependant, grâce à notre bout de vie partagée, et grâce à l’éthologue, j’ai approfondi la connaissance comportementale et biomécanique de l’animal le cheval, j’ai cherché à mieux comprendre leur langage et j’ai surtout cerné le manque d’accompagnement professionnel par rapport à la relation Homme-cheval lorsque celui-ci semble abimé. Quel beau point de départ à travailler !

J’ai aussi appris une autre bonne leçon : je ne suis pas faite pour faire du dressage de compétition. Ma voie est ailleurs, tournée vers le bien-être du cheval et vers l’aide aux personnes perdues avec leur cheval. Je le comprends désormais.

Ne pouvant pas en rester là, car néanmoins désireuse de peaufiner mon apprentissage, Poker est entré dans ma vie. A 7 ans, ce cheval est arrivé triste et « pas cheval ». Je lui ai donc permis de retrouver sa condition de cheval et il s’est transformé au bout d’un an : c’est un vrai clown, extrêmement expressif avec un fort caractère. Il me fait beaucoup rire.

Parallèlement, j’ai entamé la formation en développement personnel accompagné par le cheval. Et mon regard sur le cheval a encore évolué…

comment n’ai-je pas pu me rendre compte plus tôt de tout ce que le cheval nous permet de recevoir ? Intuitivement sans doute… mais là, les mots sont posés, concrets. Une grosse remise en question s’est opérée et au-delà de l’amour que je leur portais déjà, un profond respect, une profonde gratitude se sont ajoutés.

J’ai rencontré mon mari dans le monde du cheval également. A nous deux, nous possédons 6 chevaux que nous gardons à la maison. Nous avons également tenu une petite pension équine dont nous avons décidé la fermeture pour que je puisse uniquement me consacrer à mon nouveau travail autour du cheval.

A travers mes séances de coaching et à travers la pension équine, j’ai vu et observé tellement de propriétaires qui s’interrogeaient sur leur cheval, ne sachant plus comment aborder l’animal. J’ai également entendu tellement d’inepties sur l’enseignement précédemment reçu.. un exemple ? « des jambes ! des jambes ! des jambes ! » pour faire avancer l’animal à peine rentrer dans la carrière ! pourquoi ? « C’est ce qu’on m’a dit pour qu’il avance.. » mais Pourquoi donc ? Il s’avère que les cavaliers ne savent pas répondre… la réflexion autour de l’action est le début de la prise de conscience ; le début du changement est alors entamé.

Horse 3R est né de plus de 30 ans de passion, d’enseignements, de leçons de vie et de tout cet amour que je porte au Cheval et à l’Homme. Non, mon parcours équestre n’est pas orné de concours ou autres prix divers et variés.

Mon bonheur passe par le bien-être des chevaux que je vois « renaitre dans leur condition animale » et par les visages de propriétaires de chevaux qui s’illuminent en retrouvant leur compagnon. Cela ne peut s’estimer par quelconque valeur.

Mon parcours est une succession d’aventures auprès des chevaux et des humains, qui au fil de ma vie, m’a permise de connaitre le cheval dans son mode de vie, de le respecter en tant qu’animal, de me former dans la belle équitation respectueuse et de me former au développement personnel accompagné par l’animal.

Je suis fière de pouvoir le mettre au service des chevaux et des humains, tout en ayant bien conscience que je n’aurai jamais fini d’apprendre à travers toutes les nouvelles rencontres humaines et équines à venir…

Femme de cheval, je suis finalement une chercheuse… Je n’arrêterai jamais de chercher le meilleur pour le cheval et le meilleur de l’Homme dans sa relation auprès de son cheval.

Humilité, Respect, Ecoute et Bienveillance pour l’Harmonie.

– Maintenant on a les murmureurs… qui murmurent.

– Et vous aussi vous murmurez ?

– Ah non, moi j’observe, je cherche, je me trompe et puis j’apprends.

Citation issue du film « Danse avec lui »